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Le grand rivage Dominique Rousseau

                          « Le grand rivage »  de Bretagne à Bahia       Dominique Rousseau             

                   Communication au  Séminaire internationale de géopoétique "Paysages transatlantiques" UNEB-Alliance française – Salvador  de Bahia - 23-24 Octobre 2025

  vidéo UNEB  exposição "Le Grande Rivage", do artista francês

 

Cette exposition « Le grand rivage », ici à Salvador de Bahia, à l’Alliance française avec le groupe de géopoétique de l’UNEB est comme un rêve qui se réalise.

Le rêve d’un artiste français qui a une passion pour cette terre brésilienne et son peuple.

Je veux donc tout d’abord remercier les professeurs Lira, Nelma, Rita et Camila et Sandrine de l’Alliance Française et vous tous mes amis ici qui m’ont accompagné dans ce projet.

Mille fois merci !

De Bretagne à Bahia, comme un grand courant océanique qui partirait du grand nord de l’Ecosse, qui longerait les finistères de Bretagne et du Portugal, suivant les côtes d’Afrique et traversant l’Atlantique, viendrait jusqu’à Bahia.

Et ici, dans une grande confluence mêlant ses eaux avec un courant du sud ample et généreux, celui d’un futur ancestral créant un flux géopoétique global et sans frontière.

Après une concentration dans mon atelier d’Angers, je suis venu ici sur le rivage bahianais lire les écritures d’écume, recueillir les traces des origines, surgissant de notre mémoire phylogénique. Du granit rose des côtes d’Armor aux dunes blanches des lagunes de la Restinga. Forêts atlantiques où veillent encore nos incantandos. Mes papiers, fibres et algues mêlées, alignement de signes et de coquillages, sont des cartes marines, cartes mentales, comme les portulans des navigateurs, dessinant les paysages, les lignes du monde, les signes pour retrouver notre chemin.

Je voudrais lire ici le texte de mon amie la professeur Nelma Aronia Santos:

« L'exposition « Le grand Littoral » de Dominique Rousseau est une heureuse rencontre entre l'art et la nature. Ou plutôt, l'art est la nature ; les deux se confondent, effaçant les frontières entre l'art et la géographie, entre la matière et la poésie, entre l'onirique et le réel, entre le concret et l'abstrait. Ici, il n'y a pas de représentation de la chose. C'est la présence de la chose elle-même. C'est la confluence de nombreux concepts et de nombreuses matières. »

C’est en Bretagne que j’ai vu pourla première fois la mer. Je devais avoir cinq ou six ans. Aujourd’hui, j’ai une pensée pour mes parents qui sont de l’ouest de la France. Après la guerre, où mon père a été 3 années durant prisonnier dans un camp de travail, il voulait connaître le monde. Ils sont partis dans les années 60/70 pour travailler en coopération en Asie et en Afrique. C’était la période de la décolonisation et des indépendances. Période positive. Pour eux, ils apportaient l’éducation et le développement.

C’est dans ce contexte que j’ai grandi, découvrant le monde, traversant les paysages et les cultures. Vietnam, Cameroun, Côte d’Ivoire, Tunisie. Les rives de la Mer de l’Est et du Mékong, la savane et la danse des masques, la forêt et la côte du Golfe de Guinée, les rivages de la Méditerranée. Une enfance nomade qui m’a profondément marquée. Après des études d’architecture je suis reparti en Afrique, Algérie et côte d’Ivoire, travailler pendant 10 ans. Et c’est en 89 que nous avons fait avec Odile notre premier séjour au Brésil, suivi de beaucoup d’autres.

Extrait de « Lignes du monde »

« Suivre les lignes du monde… Peut- être que tout a commencé là, sur ce rivage de Mer de Chine que l’on appelait le cap Saint Jacques, je devais avoir neuf ou dix ans. Je découvris une limule sur le sable, mon effroi fit place à ma curiosité, puis à mon émerveillement face à cette forme vivante, si étrange, venue d’un autre temps.Ce contact inaugura pour moi ce sentiment profond d’habiter un monde, ou plutôt un perpétuel nouveau monde qu’il me fallait explorer. » (Angers-Bahia-2004)

En 2003, lors d’un séjour à Bahia, j’ai rencontré Frans Krajberg à Nova Viçosa.

Peu de temps après, en 2005, j’ai rencontré Kenneth White à Trébeurden. Je préparais une exposition pour le muséum d’Angers pour laquelle il m’a écrit une préface.

Extrait de la préface de Kenneth White pour « Lignes du monde »

 «  Rousseau a un œil pour voir. À partir d’une contemplation sensible d’écorces, de coraux, de coquillages, de gorgones, de carapaces, d’os, de crânes, il imagine des ensembles nouveaux. Dans une riche pâte de papier qu’il fabrique lui-même avec, par exemple, des feuilles de bananier ou de chanvre, il fait des empreintes, il imprime les lignes de la Terre, les colorant d’encres de gravure diverses. Le résultat en est toute une cartographie, toute une série de territoires et de continents. »

Cette rencontre avec Kenneth est à l’origine de notre travail commun « Opus Cosmopoéticum », durant 20 ans. Durant toute cette période, je lui racontais mes voyages au Brésil et mes rencontres avec Krajberg. Notamment mon atelier nomade, à Nova Viçosa en 2006. Et c’est ainsi qu’en 2016, à l’occasion d’un projet d’exposition au Brésil, Kenneth White a écrit « Magna Carta ».

En 2020, pour notre exposition commune « Océanités » à Lannion, KW évoque ainsi notre rencontre :

« Il y a une quinzaine d’années, j’ai reçu la visite, dans ma « maison des marées », d’un « travailleur en art », ancien architecte, pas encore l’artiste reconnu et attitré qu’il est devenu, qui, ayant lu mes livres, y compris certains textes sur l’art, voulait me montrer ce qu’il appelait ses « papiers », pour savoir ce que j’en pensais. Non seulement j’en pensais le plus grand bien, mais, plus précisément, j’y lisais un sens du mouvement de la matière et des lignes du monde. En un mot, Rousseau était en plein dans ce que j’appelais, depuis quelques années, la géopoétique.

Sur le champ, nous avons conçu un projet : une collaboration de longue haleine entre poète et artiste. Comme dans l’art ancien sino-japonais. »

Voici donc le parcours qui m’a amené à être ici parmi vous aujourd’hui.

Je vous remercie mille fois de cette opportunité de montrer mon travail et pour la publication de « Magna Carta »

Merci encore à vous tous présents ici, qui m’ont accompagné dans ce beau projet.

 

O grande litoral - De Bretanha a Bahia

Esta exposição, Le grandrivage, aqui em Salvador da Bahia, na Aliança Francesa, com o grupo de geopoética da UNEB, é como um sonho que se torna realidade.

O sonho de um artista francês apaixonado por esta terra brasileira e seu povo.

Portanto, gostaria de agradecer, em primeiro lugar, aos professores Lira, Nelma, Rita, Camila e Sandrine, da Aliança Francesa, e a todos vocês, minhas amigas e meus amigos aqui presentes, que me acompanharam neste projeto.

Mil vezesobrigado!

Da Bretanha à Bahia ...Como uma grande corrente oceânica que partiria do extremo norte da Escócia, contornaria os finisterre da Bretanha e de Portugal, seguiria as costas da África e atravessaria o Atlântico, chegando até à Bahia.

E aqui, em uma grande confluência que mistura suas águas com uma corrente do sul ampla e generosa, a de um futuro ancestral criando um fluxo geopoético global e sem fronteiras.

Após uma concentração no meu atelier em Angers, vim para cá, à costa baiana, para ler as escrituras da espuma, recolher os vestígios das origens, emergindo da nossa memória filogenética. Do granito rosa das costas da Armor às dunas brancas das lagoas da Restinga. Florestas atlânticas, de Bretanha da Bahia, onde ainda vigiam os nossos encantados. Meus papéis, fibras e algas misturadas, alinhamento de sinais e conchas, são cartas náuticas, mapas mentais, como os portulanos dos navegadores, desenhando as paisagens, as linhas do mundo, os sinais para reencontrar nosso caminho.

Gostaria de ler aqui o texto da minha amiga, a professora Nelma:

“A exposição "O grande Litoral", de Dominique Rousseau é um feliz encontro entre a arte e natureza. Ou melhor, a arte é a natureza; ambas amalgamadas diluindo as fronteiras entre a arte e a geografia; entre a matéria e a poesia; o onírico e o real; o concreto e o abstrato. Aqui, não há representação da coisa. É a presentificação da coisa em si. É a confluência de muitos conceitos e muitas matérias. »

Foi na Bretanha que vi o mar pela primeira vez. Eu devia ter cinco ou seis anos. Hoje, penso nos meus pais, que são do oeste da França. Após a guerra, durante a qual meu pai passou três anos prisioneiro em um campo de trabalho, ele queria conhecer o mundo. Eles partiram nos anos 60/70 para trabalhar em cooperação na Ásia e na África. Era o período da descolonização e das independências. Um período positivo. Para eles, estavam levando educação e desenvolvimento.

Foi nesse contexto que cresci, descobrindo o mundo, atravessando paisagens e culturas. Vietnã, Camarões, Costa do Marfim, Tunísia. As margens do Mar do Leste e do Mekong, a savana e a dança das máscaras, a floresta e a costa do Golfo da Guiné, as margens do Mediterrâneo. Uma infância nômade que me marcou profundamente. Após estudar arquitetura, voltei para a África, Argélia e Costa do Marfim, para trabalhar durante 10 anos. E foi em 1989 (mil novecentos e oitenta e nove) que fizemos com Odile nossa primeira viagem ao Brasil, seguida de muitas outras.

Trecho de “Lignes du monde”

"Seguir as linhas do mundo...Tudo pode ter começado neste lugar, naquele litoral do Mar do Leste que chamávamos cabo Saint Jacques, eu devia ter nove ou dez anos. Descobri um limula na areia, o meu medo cedeu lugar à curiosidade e logo depois maravilhei-me, face a esta forma viva, tão estranha, vinda de um outro tempo.Esse contato inaugurou para mim o sentimento profundo de habitar em um mundo, ou melhor, em um perpétuo novo mundo, que eu tinha que explorar...”

 Em 2003, durante uma estadia na Bahia, conheci Frans Krajkberg em Nova Viçosa.

Pouco tempo depois, em 2005, conheci Kenneth White em Trébeurden. Eu estava preparando uma exposição para o museu de Angers, para a qual ele escreveu um prefácio.

Trecho do prefacio de KW :

« ...Rousseau tem olhos para ver. A partir de uma sensível contemplação de cascas, corais, conchas, gorgónias, carapaças, ossos e crânios, ele imagina novos conjuntos. É com uma rica massa de papel, fabricada por ele mesmo como por exemplo fibras de bananeira ou de cânhamo,que ele faz impressões, imprime as linhas da Terra, colorindo-as com diversas tintas para gravura. O resultado é toda uma cartografia, uma série de territórios e continentes...”

 Esse encontro com Kenneth foi o ponto de partida para o nosso trabalho conjunto “Opus Cosmopoéticum”, que durou 20 anos. Durante todo esse período, contei a ele sobre minhas viagens ao Brasil e meus encontros com Krajkberg. Em especial, meu ateliê nômade, em Nova Viçosa, em 2006. E foi assim que, em 2016, por ocasião de um projeto de exposição no Brasil, Kenneth White escreveu “Magna Carta”.

Em 2020, para nossa exposição conjunta “Océanités” em Lannion, KW menciona nosso encontro da seguinte forma:

« ... Há cerca de quinze anos, recebi a visita, na minha “casa das marés”, de um “trabalhador da arte”, antigo arquiteto, ainda não o artista reconhecido e consagrado que se tornou, que, tendo lido os meus livros, incluindo alguns textos sobre arte, queria mostrar-me o que chamava de seus “papéis”, para saber o que eu achava deles. Não só achei ótimo, como, mais precisamente, percebi neles um sentido do movimento da matéria e das linhas do mundo. Em suma, Rousseau estava em plena sintonia com o que eu chamava, há alguns anos, de geopoética.

Na hora, concebemos um projeto: uma colaboração de longo prazo entre poeta e artista. Como na arte antiga sino-japonesa …»

 No seu último livro, «Au fin fond duréel» (No fundo da realidade), uma abordagem à arte geopoética, que acaba de ser publicado em França, ao mesmo tempo que «Magna Carta» aqui no Brasil, Kenneth conclui o capítulo que dedica ao nosso trabalho conjunto com esta frase :

“Assim, ao longo dos anos, foram elaborados cerca de vinte livros de artistas que, na minha opinião, constituem o que considero ser uma Magna Carta da biosfera.”

 Este foi o percurso que me trouxe até aqui, hoje, para estar entre vocês.

Agradeço imensamente por esta oportunidade de mostrar o meu trabalho e pela publicação de «Magna Carta».

Mais uma vez, obrigado a todos os presentes aqui, que me acompanharam neste belo projeto.